Introduction

Dans le cadre de son quatrième rapport d’appréciation de la performance du système de santé et de services sociaux, le Commissaire à la santé et au bien-être1 (CSBE) a choisi d’aborder le secteur de la santé mentale. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les troubles mentaux, plus particulièrement la dépression, représenteront d’ici 2030 la principale cause de morbidité2 dans le monde (OMS, 2011). D’après des données en provenance de 14 pays (Demyttenaere et autres, 2004), la prévalence3 des troubles mentaux au cours d’une année se situe de 4,3% (Chine) à 26,4% (États-Unis)4. Les coûts associés à la santé mentale sont également substantiels. Selon les estimations de l’OMS (2004a), les coûts des problèmes reliés à la santé mentale dans les pays développés équivaudraient à 3 % à 4 % de leur produit national brut (PNB). Bien que la charge de morbidité des troubles mentaux dans le monde soit estimée à 13 %, à peine 2 % du total des dépenses de santé, en moyenne, est consacré à la santé mentale (OMS, 2004a). En 2007-2008, selon la Commission canadienne de la santé mentale, le Canada a alloué 7,2 % de son budget de santé à la santé mentale (Jacobs et autres, 2009). Les coûts reliés à la santé mentale y étaient estimés à 51 milliards en 2003, y compris les coûts directs et indirects reliés aux services de santé et à la perte de qualité de vie et de productivité (Lim et autres, 2008). Une autre étude, publiée en 2001 par Santé Canada, évaluait à 14,4 milliards de dollars les coûts liés par année essentiellement à la dépression et à la détresse (VGC, 2001). Au Québec, les dépenses consacrées à la santé mentale pour l’année financière 2009-2010 représentent environ 8 % des dépenses5 allouées à l’ensemble des programmes-services6 de santé et de services sociaux7 (soit 1 072 millions de dollars).

L’investissement en santé mentale du budget santé tant au Québec qu’au Canada est ainsi en deçà des recommandations des pays qui sont à l’avant-garde des réformes de santé, tels que le Royaume-Uni (10,0 %), l’Australie (9,6 %) et la Nouvelle-Zélande (11,0 %) (OMS, 2005a)8.

Les troubles mentaux, incluant l’alcoolisme et la toxicomanie, comptent parmi les plus importantes causes d’absentéisme au travail, dépassant désormais les journées perdues pour des raisons de maladies physiques (Kirby et Keon, 2006). Les troubles mentaux sont aussi souvent associés à des problèmes de santé physique, les plus importants étant le diabète (Jones, Clarke et Carney, 2004), les maladies cardiovasculaires, gastro-intestinales et pulmonaires ainsi que les troubles neurologiques (comme la maladie de Parkinson et l’épilepsie). Les problèmes d’abus ou de dépendance de substances sont aussi très étroitement associés aux troubles mentaux, puisque plus de 50% des personnes ayant eu un trouble mental au cours de leur vie auront également un problème d’abus ou de dépendance à l’alcool ou aux drogues (Kessler, 2004). Par ailleurs, malgré une récente amélioration, le taux de suicide au Québec est l’un des plus élevés en Amérique du Nord et il demeure la cause principale de décès chez les individus âgés de moins de 35 ans. Outre la prévalence et les coûts élevés des troubles mentaux, il faut également ajouter une grande stigmatisation des personnes qui en sont atteintes, un fardeau soutenu et des répercussions majeures de santé ainsi qu’un ensemble de facteurs de risque (pauvreté, criminalisation, itinérance, espérance de vie réduite, etc.). Le fardeau social et économique élevé qui est associé aux troubles mentaux indique que la réponse actuelle du système aux troubles mentaux n’est pas optimale, ce que confirment diverses études spécifiques sur l’inadéquation des services (Fleury, Latimer et Vallée, 2010a; MSSS, 2005a; VGQ, 2003). Il en résulte la nécessité de porter un regard critique sur la performance des soins et services destinés aux personnes aux prises avec des troubles mentaux. Il est permis de penser qu’une amélioration substantielle de l’organisation et de la qualité des services de santé mentale permettrait une bonification d’ensemble de l’efficience du système de santé et de services sociaux au Québec. Cette amélioration du système serait propice à une meilleure réponse aux besoins des personnes affectées par des troubles mentaux et de leur entourage.

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Source:  Commissaire à la santé et au bien-être